Théorie du sacrifice

Sélection sexuelle et naissance de la morale

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Editeur :

  • Belin

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Théorie du sacrifice

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Informations sur l’ouvrage

Une exploration naturaliste des ébauches animales de la morale

La propension auto-sacrificielle est indissociable du choix d’objet. Séduire expose, et qui s’expose se nuit. L’érotisme condamne à l’héroïsme, qui peut être indifféremment récompensé ou puni. La beauté de certains oiseaux mâles à l’époque des parades s’accompagne inévitablement d’un risque de mort sensiblement accru. Mais plus grand est le risque, plus forte aussi est la séduction. Le développement quasi hypertélique des bois du cerf accroît ses chances de conquête sexuelle et diminue simultanément ses chances de survie. Symétriquement, le « sentiment de la beauté » est né chez les femelles lorsque les indices ostensibles de la force des mâles ont commencé à exprimer plus que leur force réelle, en devenant des signes avantageux de cette force, au prix d’un affaiblissement certain, dissimulé sous l’affichage hyperbolique de son contraire.

En montrant comment la force apparente devient plus forte que la force réelle, ou comment les charmes l’emportent sur les armes, Darwin indique en vérité ce qu’est, pour un naturaliste, l’origine du symbolique dans le champ délicat de la compétition amoureuse. Simultanément, il désigne l’origine du mensonge spécial par lequel tel mâle se rend irrésistible en se couvrant d’accessoires susceptibles de le conduire à la mort, et en s’annonçant de la sorte plus fort qu’il ne l’est. Celui qui recherche l’alliance doit se montrer ainsi disposé à mourir.

Le « don de soi » que l’éthique du christianisme place au fondement de l’autosacrifice du Christ peut-il dès lors être sans rapport avec ces modalités primitives de l’alliance ? Le scénario freudien de la « horde primitive », qualifié à tort de « darwinien », où le meurtre politique du père précède et engage le renoncement pulsionnel des fils inventant l’égalité à travers l’institution communautaire de l’autosacrifice, permet-il d’esquisser une réponse à la grande question de l’origine de la morale ? En juxtaposant d’une manière subtilement sacrilège le risque couru à travers l’oubli de soi lié aux paradoxes amoureux du monde animal et l’horizon moral kantien de l’autosacrifice volontaire, Darwin aide d’une manière décisive à concevoir cette réponse.

Mots clés associés

  • 232 Pages
  • 19,00 €
  • ISBN : 978-2-410-01004-6
  • Date de parution : 12/09/2017
  • Dimensions : 15x22 cm
  • Format : Broché à rabats
  • Impression : Noir et blanc
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Auteurs

Auteurs :

Patrick Tort, fondateur et directeur de l’Institut Charles Darwin international (www.darwinisme.org), chercheur au Muséum national d’histoire naturelle, lauréat de l’Académie des sciences, est agrégé de l’Université, docteur en littérature, docteur d’État en philosophie et en linguistique. Il a dirigé le Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution (PUF, 1996) et publié plus de cinquante ouvrages concernant principalement l’histoire et la théorie des sciences du vivant, mais aussi l’esthétique et les sciences de l’homme et de la société (dernier ouvrage paru : Qu’est-ce que le matérialisme ? Belin, 2016). Il est le maître d’œuvre de la traduction française et de l’édition savante des Œuvres complètes de Charles Darwin.

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